Intravaia Verbo-Tonale
Méthode Verbo Tonale

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23 mars 2020
Pietro

Hommage à Raymond Renard

Le Monde de la didactique des langues endeuillé par la disparition de Raymond Renard

Chers membres de l’Association SGeVT,

Ce matin, je me suis encore réveillé la gorge nouée et le coeur serré, incapable de réaliser que Raymond nous avait quittés et à mesurer le vide affectif et intellectuel que son départ allait laisser en chacun d’entre nous.

J’ai connu Raymond à l’Université de Mons, lorsque, jeune étudiant, j’assistais à ses cours magistraux, subjugué, comme tous ceux de ma promotion, par la maîtrise de sa matière, ses qualités de communicateur, son talent pédagogique et son humour. Plus tard, honoré de sa confiance, j’ai rejoint son équipe pédagogique et j’ai pu apprécier le bâtisseur visionnaire et l’homme d’action qu’il était. Qui d’autre que lui pouvait réaliser cette gageure de concevoir , dans la région déshéritée du Borinage, une école d’interprètes internationaux qui allait rapidement rivaliser en qualité avec des institutions confirmées telles que l’ESIT de la Sorbonne ou l’Ecole d’Interprètes de Genève et former des spécialistes du multilinguisme unanimement reconnus dans toutes les instances internationales ? Raymond avait rapidement perçu la fécondité des hypothèses structuro-globales et verbo-tonales de Guberina-Rivenc, dont il était devenu lui-même un théoricien reconnu, et les avait transposées avec bonheur à la formation linguistique et professionnelle de futurs interprètes de conférence, débutants complets pour la plupart des langues enseignées dans cette institution naissante. Ses proches collaborateurs ont vécu ces exaltantes années pionnières, marquées par une fébrile activité pédagogique, scientifique et éditoriale, un va-et-vient interdisciplinaire entre recherche scientifique, expérimentation et applications sur le terrain ( agrémenté d’un passage furtif de Guberina, venu à l’improviste apprécier l’efficacité de nos démarches pédagogiques ), où l’enthousiasme et l’abnégation de l’équipe mixte belgo-yougoslave dont il s’était entouré, n’avait d’égale que la motivation de nos étudiants, conscients de vivre une véritable révolution pédagogique. Aujourd’hui,on ne peut pas ignorer le rôle historique déterminant que l’équipe montoise,groupée autour de Raymond Renard, a joué, avec Petar Guberina et Paul Rivenc, dans le développement et la diffusion de la méthodologie SgeVT. Les ouvrages didactiques de Raymond restent, après plus d’un demi-siècle, la référence canonique de tous les didacticiens verbo-tonalistes. Ses talents de bâtisseur, Raymond les a investis dans la création d’autres institutions montoises, telles que la chaire de phonétique, la section de didactique des langues de l’époque, le laboratoire de phonétique, l’Institut de Linguistique... Raymond Renard fut,pour tout dire, à l’origine de l’Université de Mons, dont il fut l’un des pères fondateurs.L’attribution à cette dernière de la Chaire Unesco de didactiques des langues et d’aménagement linguistique n’est pas le fruit du hasard. Elle constitue la reconnaissance d’une vie consacrée au rayonnement de notre méthodologie. Ce rayonnement dans le monde, nous le devons aussi aux innombrables actions de formation continue , qui ont fait de Mons un des principaux foyers européen de la formation des enseignants à la méthodologie SGAV. Les centaines de missions de formation pédagogique accomplies dans les endroits les plus reculés de la planète, à une époque où certaines parties du globe étaient encore totalement coupées du monde extérieur, ont été le fruit des programmes de coopération inter-universitaire dont il était toujours l’initiateur.

Raymond Renard nous a offert de participer à une extraordinaire épopée pédagogique qui a conditionné notre vie personnelle et familiale, à une aventure intellectuelle et humaine sans précédent, dont nous lui sommes éternellement reconnaissants. Remarquable linguiste, brillant phonéticien, homme de culture doublé d’un grand charisme et de nobles qualités humaines, Raymond, tu vas nous manquer affreusement.

J’exprime à Jacqueline, sa compagne d’une vie, à Olivier et Isabelle, notre profonde tristesse et leur adresse nos sincères condoléances.

Pietro Intravaia


Michel Billières

Il y a 20 ans à Beyrouth !
La page rédigée ci-après par Jarjoura Hardane sur le XIIème colloque international SGAV tenu à Beyrouth du 4 au 6 mai 2000, dans le cadre du 125ème anniversaire de l’Université Saint-Joseph rend hommage, non seulement à Raymond Renard, mais aussi à son compagnon de route Paul Rivenc et à leur ami commun Sélim Abou, SJ.
Les grands nous font voyager dans les pages de souvenirs. Ils sont toujours présents dans nos yeux et nos cœurs.
Raymond Renard a toujours eu la grâce d’attirer. Comme un aimant, autour de lui, avec son sourire affable, les sgavistes et les autres, se parlaient, dialoguaient, parvenaient à produire.
Henri Awaiss

Comme beaucoup, je suis orpheline de Raymond Renard, un père intellectuel et spirituel, un modèle, un mentor, un ami.
J’adhère aux nombreux hommages qui lui reconnaissent une intelligence supérieure, l’érudition, l’ouverture d’esprit, d’immenses qualités de pédagogue, d’orateur, de vulgarisateur, de négociateur, d’éveilleur de talents, et j’en oublie... Mais, ce qui me frappe, c’est que tous insistent sur les qualités humaines permanentes de Raymond, peut-être plus rares que les qualités intellectuelles. Nous avons toutes et tous perdu un être d’une humanité exceptionnelle.
Il était un concentré d’intelligence dédiée à la quête de vérités et au perfectionnement de l’être humain. C’était un porteur de lumière.s. 

J’ai connu Raymond Renard lors d’un stage à Mons en 1971 avant de découvrir sa richesse et d’en bénéficier, notamment lors de ses missions en Afrique. La clarté de ses interventions, sa sensibilité et la justesse des métaphores qui appuyaient son propos lui permettaient de séduire des publics alors réticents aux notions de globalité, d’oralité et de créativité.

Raymond était un idéaliste lucide et un humaniste. Suivant l’adage du poète latin Terence, "rien d’humain ne lui était étranger". Il ne préjugeait pas. Sa curiosité intellectuelle ne connaissait pas de bornes, son altruisme non plus. Son génie et sa bienveillance nous faisaient grandir à son contact et redonnaient vigueur à nos idéaux. Pour moi, Raymond représente la symbiose entre intelligence, érudition et humanisme. En chacun de nous, il est immortel.

Bettie Vanhoudt,
Professeur émérite de l’Université de Niamey, la Vrije Universiteit Brussel, l’Université Libre de Bruxelles

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