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30 décembre 2013
Pietro

Chapitre 4.1.La prononciation nuancée. Le nuancement des timbres vocaliques

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CD 3/1)
1. Définition


La prononciation nuancée est un des procédés de correction phonétique par la méthode verbo-tonale auquel on recourt très souvent parce qu’il permet un travail phonétique en situation et une action simultanée sur tous les paramètres du langage : timbre, durée vocalique, tension des voyelles et des consonnes, hauteur, intensité, mélodie, débit, etc.

Cette technique consiste à apporter à l’énoncé mal reproduit toute une série de nuancements, de modifications, de filtrages, de renforcements en vue d’offrir à l’apprenant son modèle optimal, c’est-à-dire la réalisation qui, en s’écartant du modèle initial, aura plus de chances d’être correctement perçue, et dès lors mieux reproduite.

Concrètement, ce procédé consiste, en partant de l’erreur commise, à apprécier la nature de l’écart par rapport au modèle, et à opérer une déformation, un nuancement de sens opposé, pour revenir progressivement au modèle initial.

(CD 3/2)
2. Paramètres concernés

Les modifications du modèle peuvent porter sur chacun des paramètres évoqués plus haut. Nous avons déjà examiné les déformations que l’on pouvait faire subir aux éléments prosodiques. Nous allons à présent appliquer cette procédure à la correction des timbres vocaliques et à la tension des consonnes.

2.1. Timbre des voyelles

C’est surtout pour la correction des timbres vocaliques que nous parlerons de prononciation par filtrage.

Écoutons l’exemple ci-après :

Ω Il est ingénieur

Diagnostiquons l’erreur. Tout se passe comme si notre sujet surestimait la coloration claire du phonème /oe/ au détriment de ses composantes sombres, puisqu’ il produit une voyelle proche de /ɛ/, plus claire que /oe/. Il faudra donc lui faire percevoir les composantes sombres qu’il tend à ignorer, tout en mettant entre parenthèses les composantes claires, présumées responsables de la mauvaise structuration du son. Il s’agira donc de présenter à l’audition du sujet un allophone sombre du phonème /oe/ qui soit aux antipodes de l’erreur.

Ω Il est ingénieur

Il s’agit bien d’une technique de prononciation par filtrage, car le procédé consiste à se servir des cavités naturelles de résonance (buccale, pharyngale, labiale et nasale, suivant le cas) de manière à modifier l’équilibre des fréquences de la voyelle en faveur des composantes sombres ou, ce qui revient au même, au détriment des composantes claires.

Analysons le procédé de correction des timbres vocaliques de manière plus systématique.

Pour diagnostiquer le système d’erreurs vocaliques en termes de trop clair ou trop sombre, situer et proposer des optimales correctives, il conviendra d’avoir en mémoire la présentation du trapèze vocalique du français suivant des critères acoustico-articulatoires (cf. tableau 1).

Le nuancement du timbre vocalique peut s’appuyer sur la zone d’articulation, sur l’axe d’aperture ou sur les deux à la fois.

(CD 3/3)
2.1.1. Action sur la zone d’articulation

Prenons le cas des apprenants qui perçoivent et produisent un /y/ comme [u]
dans les exemples suivants :

Ω Prenez l’autobus
Vous ne fumez pas ?
L’autobus est là, vite !

Diagnostiquons l’erreur. Tout se passe comme si les sujets ne percevaient pas la coloration claire du timbre de la voyelle /y/ et surestimaient ses composantes sombres, puisqu’ils le confondent avec le /u/ de leur propre système phonologique. La correction consiste donc à agir sur l’audition par filtrage, c’est-à-dire à présenter à l’apprenant un modèle nuancé du /y/ qui aille dans le sens inverse de l’erreur. Dans ce cas, il faudra présenter un modèle tendant vers /i/.

Ω Prenez l’autobus
Vous ne fumez pas ?
L’autobus est là, vite !

Observons encore ces deux apprenants qui commettent la même confusion entre /y/ et /u/ dans les exemples suivants :

Ω Pourquoi tu pleures ?

(...) avec le chapeau à plumes

Le diagnostic est comparable à celui de l’exemple précédent, ainsi que le procédé de correction : un léger nuancement vers /i/ aide à faire sentir les composantes claires que le sujet tend à sous-estimer.

Ω Pourquoi tu pleures ?
(...) avec le chapeau à plumes


Dans ce dernier exemple, il a suffi d’un nuancement à peine perceptible pour obtenir la bonne prononciation.

Par contre, dans les exemples qui suivent, il a été nécessaire de lutter contre l’assombrissement tenace du /y/ en opérant une déformation exceptionnelle, jusque dans l’aire de confusion phonologique avec /i/.

Ω Vous avez vu le facteur ?
Salut, Pierre, ça va ?


(CD 3/4)
Prenons à présent l’erreur inverse qui consiste à percevoir et produire /y/comme [i], fréquente chez les Slaves, les Nord-Africains, les Congolais, les Rwandais, etc. qui tendent à surestimer la coloration claire de /y/.

Le procédé de correction consistera :
1. à identifier la direction de l’erreur par rapport au modèle
2. à évaluer l’importance de l’écart par rapport au modèle
3. à corriger en reportant ce même écart en sens inverse (en l’occurrence vers /u/).

L’importance du filtrage est évidemment fonction de l’importance de l’erreur. Si l’écart de l’erreur par rapport au modèle est très sensible, comme c’est le cas pour l’exemple suivant :

Ω L’autobus est là, vite !

il convient de reporter un écart en sens inverse comparable à celui qui sépare l’erreur du modèle, car c’est à cet endroit que l’on trouvera l’optimale corrective.

Ω L’autobus est là, vite !

Il en va de même pour l’exemple suivant :

Ω Vous allez à pied ou en voiture ?

(CD 3/5)
Passons à la correction de la voyelle intermédiaire mi-fermée /ø/ de il pleut.

Écoutez l’exemple suivant :

Ω J’ai des œufs

Diagnostiquons l’erreur de notre sujet. Celle-ci consiste à surestimer les composantes claires de la voyelle /ø/ au détriment de ses composantes sombres. Il faudra lui faire percevoir ces composantes en filtrant un allophone de /ø/ proche de /o/, comme dans la correction suivante :

Ω J’ai des œufs

(CD 3/6)
Lorsque, par contre, l’erreur relève d’une surestimation des composantes sombres de la voyelle /ø/, comme dans les exemples suivants :

Ω Il y a deux pièces
Ah non, monsieur !
Il habite en banlieue


on opérera une déformation de sens opposé vers /e/. Dans les deux derniers exemples, nous avons présenté à l’audition du sujet un allophone se situant dans l’aire de confusion phonologique avec /e/.

Ω Il y a deux pièces
Ah non, monsieur !
Il habite en banlieue

(CD 3/7)
Passons à présent à la correction de la voyelle intermédiaire mi-ouverte /oe/.

La voyelle /oe/ de seul peut être réalisée trop claire ou trop sombre. Lorsque l’erreur consiste à surestimer les composantes claires de la voyelle et, par conséquent, à produire un allophone proche de / ɛ /, comme dans les exemples suivants :

Ω C’est mon voisin, le tailleur
Il est ingénieur
Je suis seul

on présentera à l’audition du sujet des allophones à composantes sombres, proches de
/ɔ/ et, bien entendu, l’importance de l’assombrissement variera en fonction de l’écart constaté par rapport au modèle.

Ω C’est mon voisin, le tailleur
Il est ingénieur
Je suis seul

(CD 3/8)
Lorsque, par contre, l’erreur consiste à surestimer le caractère sombre de la voyelle /oe/ et à produire une voyelle proche de / ɔ/, comme dans les productions suivantes :

Ω Ce fauteuil et cette table sont à moi
C’est une jolie jeune fille
Mon père est un bon pêcheur


la correction consistera à produire un allophone filtré avec des dominantes claires,
c’est-à-dire un allophone de /oe/ tendant vers /ɛ /.

Ω Ce fauteuil et cette table sont à moi
C’est une jolie jeune fille
Mon père est un bon pêcheur

Signalons l’avantage que peut tirer l’enseignant de la présence dans une même classe d’élèves appartenant à des communautés linguistiques aux systèmes d’erreurs diamétralement opposés. Il n’est pas rare que la localisation de l’erreur pour une communauté linguistique A représente l’optimale corrective pour la communauté linguistique B, et vice-versa, et que de réels progrès puissent être obtenus par la correction mutuelle.

(CD 3/9)
Les erreurs relevées jusqu’ici portaient sur la série des voyelles intermédiaires labialisées /y/, /ø/, /oe/, c’est-à-dire celles dont les modifications de timbre peuvent s’effectuer dans des plages de réalisation assez vastes.

Il est des cas, cependant, où le filtrage est rendu malaisé par les limites imposées par nos organes phonatoires. Cela vaut surtout pour l’éclaircissement de /i/ ou l’assombrissement de /u/.

Ainsi, lorsque le sujet remplace /u/ par un allophone proche de /y/, c’est-à-dire lorsqu’il surestime la composante claire de /u/, comme dans les exemples suivants :

Ω C’est la serviette de Pilou ?
Et du sucre en poudre, bien sûr !
Asseyez-vous, Pierre
Vous venez avec nous ?

la correction qui consiste à nuancer le modèle en sens inverse de l’erreur en opérant une déformation vers un [u] très sombre par une postériorisation maximale se heurte à des difficultés au niveau des organes phonatoires. Dès lors, pour obtenir l’assombrissement recherché, il est nécessaire de coupler le nuancement avec d’autres procédés tels que, selon les cas, la recherche d’un entourage consonantique assombrissant, la mélodie descendante, ou encore la déformation mélodique vers les fréquences graves par changement de registre.

Ω C’est la serviette de Pilou ?
Et du sucre en poudre, bien sûr !
Asseyez-vous, Pierre
Vous venez avec nous ?

CD 3/10)
2.1.2. Action sur l’axe d’aperture

Les modifications du timbre vocalique peuvent se situer également sur l’axe d’aperture. Un nuancement en ce sens s’avérera nécessaire chaque fois que l’aperture d’une voyelle ne sera pas appréciée correctement. Le principe de la correction nuancée reste toujours pareil : définir la direction de l’erreur en termes d’aperture (trop ouvert, trop fermé), mesurer l’écart par rapport au modèle et agir en opérant un nuancement de sens opposé pour ensuite revenir progressivement au modèle initial.

Voici quelques exemples d’erreurs et de corrections portant sur l’aperture :

Ω Vous dînez avec nous ?
Au numéro treize
Je suis peut-être bête, mais toi, tu n’es pas gentil !
Pierre, vous aimez mon tableau ?
Il a peur
C’est une belle couleur

Les voyelles ci-après ont en commun d’être toutes perçues et reproduites trop fermées :

- le [e] de dînez est trop fermé, proche de /i/ et il convient donc de l’ouvrir davantage, en le tendant vers /ɛ/.

Ω Vous dînez avec nous ?

- le [ɛ] de treize est trop proche de /e/ et doit donc glisser sur l’axe d’aperture vers un [æ] proche du /æ/ anglais de bad.

Ω Au numéro treize


- le [ɑ̃] de gentil est trop fermé, tendant vers [æ] et descend lui aussi d’un degré sur l’axe d’aperture en tendant vers un [ɑ̃] plus postérieur. Ici, la présence d’une voyelle nasale ne change rien à la correction de l’aperture vocalique :

Ω Je suis peut-être bête, mais toi, tu n’es pas gentil !

(CD 3/11)
- Le [o] de tableau perçu trop fermé, proche de /u/ est remplacé par une réalisation plus ouverte proche de /ɔ/.

Ω Pierre, vous aimez mon tableau ?

(CD 3/12)
- les [oe] de il a peur et de c’est une belle couleur sont perçus par cet étudiant germanophone trop fermés, proches de /ø/ et seront donc corrigés en présentant un allophone plus ouvert, proche du /a/ antérieur.

Ω Il a peur
C’est une belle couleur


(CD 3/13)
Dans l’exemple suivant, le [ɔ] est perçu trop fermé, proche de /o/ et est donc remplacé par une réalisation très ouverte de / ɔ /, proche de / ɑ / :

Ω Mireille, on vous appelle au téléphone !

(CD 3/14)
Parfois, la voyelle est perçue trop ouverte, et il est alors nécessaire de la refermer, comme c’est le cas pour le [e] tendant vers / ɛ / des exemples suivants :

Ω Elle attend pour traverser
Nous sommes désolés, madame


Dans les deux exemples qui suivent, le [ɛ̃] de quarante- cinq et de besoin est également perçu trop ouvert, proche de /ɑ̃/ et il convient de le refermer en le faisant remonter d’un degré sur l’axe d’aperture.

Ω Il doit cuire quarante-cinq minutes
De quoi avez-vous besoin ?

(CD 3/15)
2.1.3. Action par allongement

Nous avons examiné jusqu’à présent les cas de nuancements du timbre des voyelles par des actions sur le point d’articulation et sur l’aperture. Il est également possible d’intervenir dans l’émission de la voyelle par allongement.

L’allongement d’un son permet une meilleure perception de la durée vocalique.

Ω Merci, Monsieur
Ces souliers me serrent un peu


Dans ce dernier exemple, l’allongement est accompagné d’une fermeture de la voyelle. Signalons que la durée vocalique se corrige de préférence en finale afin de permettre l’exagération de l’allongement sans dénaturer la structure rythmique de l’énoncé.

(CD 3/16)

Remarquons que, si l’allongement facilite la perception de la durée des voyelles chez la plupart des étrangers, le raccourcissement, par contre, peut éponger la diphtongaison et éviter le relâchement vocalique, surtout chez les anglophones.

Ω Comme d’habitude

(CD3/17)
L’allongement permet également d’obtenir la nasalisation. Il est possible en effet de faire mieux percevoir la nasalisation en nuançant la voyelle nasale par allongement.

Ω Vous êtes étudiant ?
Gaston, as-tu le plan de Paris ?

Signalons qu’ici aussi la correction de la nasalisation par allongement peut être couplée avec la correction simultanée d’autres paramètres analysés jusqu’ici. C’est le cas dans cet exemple déjà vu, où le /ɑ̃/ est obtenu par l’incidence cumulative de deux corrections : allongement et aperture.

Ω Je suis peut-être bête, mais toi, tu n’es pas gentil !

(CD 3/18)
L’intervention dans l’émission par allongement rend également possible la correction des semi-voyelles lorsque l’erreur consiste à télescoper, à fusionner les deux timbres constitutifs de la semi-voyelle. Un étirement des deux timbres permettra de mieux faire percevoir le changement de direction du timbre en cours d’émission. Une visualisation gestuelle de ce changement de direction facilitera la production de la semi-voyelle.

Voilà Jeannette
Asseyez-vous
Vous payez par chèque ?

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