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27 décembre 2013
Pietro

Chapitre 2. Correction phonétique par les éléments prosodiques

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(CD 2/1)

Après avoir mis en évidence le rôle de la prosodie dans le fonctionnement de la langue et les principales procédures susceptibles de faire maîtriser par l’apprenant ce moyen privilégié d’expression, il nous faut à présent examiner dans quelle mesure le recours à ces éléments peut aider efficacement à la correction des erreurs segmentales.

1. Correction par la scansion et la syllabation ouverte

La correction par le rythme est surtout valable pour obtenir la netteté articulatoire et la netteté des timbres vocaliques. La scansion syllabique et le découpage en syllabation ouverte permettent de mettre en valeur la netteté des timbres vocaliques du français lorsque ceux-ci sont perçus trop relâchés et trop centralisés.

Ω Vous avez-vu Thibaut ?
Ω Qu’est-ce que t’as fait des billets d’avion ?

(CD 2/2)

2. Correction par les découpages régressif, progressif et intermédiaire

Nous venons de parler de découpage régressif ou progressif visant à mieux faire percevoir les schémas prosodiques. Mais le découpage peut s’avérer un procédé d’une très grande efficacité pour la correction des phonèmes isolés et surtout pour la correction de la tension et du relâchement consonantique, car l’emplacement du son dans l’énoncé conditionne son caractère plus ou moins tendu.

Développons cette thèse : une consonne peut être souvent perçue par le sujet tantôt trop tendue, tantôt trop relâchée, et il s’avère souvent nécessaire de placer la consonne dans une position qui relâche ou accentue cette tension.

Or une consonne est toujours perçue plus tendue lorsqu’elle est placée à l’initiale d’un mot, d’un groupe rythmique ou d’une phrase et plus relâchée en finale.

Au lieu d’alourdir le travail phonétique par la recherche de positions optimales hors modèle, il suffira de choisir les découpages qui tiennent compte de cette loi positionnelle : on placera à l’initiale, par le découpage régressif, les consonnes prononcées avec trop de relâchement, pour les tendre, et en finale, par le découpage progressif, les consonnes prononcées avec trop de tension, pour les relâcher.

Pour la compréhension des exemples qui vont suivre, rappelons que /b/ est plus tendu que /v/, que [tʃ] est plus tendu que /ʃ/ et que /s/ est plus tendu que /z/.

Par conséquent, si par exemple, un hispanophone prononce /b/ comme [ß], c’est-à-dire s’il sous-estime la tension du /b/, il conviendra de lui présenter un découpage où le/b/ figure à l’initiale pour mettre en évidence la tension de la consonne ; si au contraire l’apprenant produit /ʃ/ comme [tʃ ], ou /z/ comme [s], c’est- à- dire avec cette fois trop de tension, on veillera à placer ces phonèmes consonantiques en finale, par un découpage progressif, pour accentuer le relâchement.

(CD 2/3)
Dans nos exemples, nous avons proposé chaque fois un découpage régressif pour placer à l’initiale les phonèmes trop relâchés et un découpage progressif pour placer en finale les phonèmes trop tendus.

Ω Vous allez chez Thibaut ?
Où est-ce que vous habitez, Jacques ?
Les enfants ne sont pas à la maison ?
Ils sont polis, ces enfants !
C’est la maison de mes parents au bord de la mer

(CD 2/4)
Le découpage intermédiaire, découpage progressif en syllabation fermée c’est-à-dire se terminant par une consonne, permet d’éponger complètement le /ə/ caduc produit comme un [ɛ], comme dans l’exemple que nous venons d’entendre.

Dans la correction par le découpage intermédiaire, il est nécessaire d’obtenir une implosion correcte de la consonne finale si l’on veut éviter la réapparition de la voyelle d’appui dans la foulée d’une expiration consonantique.

Voici un autre exemple du même procédé :

Ω Il y a beaucoup de monde

D’une manière générale, on peut recourir au découpage intermédiaire chaque fois qu’une séquence consonantique difficile entraîne l’adjonction chez l’apprenant d’une voyelle épenthétique d’appui, comme dans les exemples suivants :

Ω C’est extraordinaire
C’est un film spectaculaire

C’est ce même procédé que l’on pourrait suggérer àVéronique Genest, l’actrice bien connue qui incarne le rôle d’une commissaire dans le feuilleton Julie Lescaut, pour l’amener à prononcer le nom de son inspecteur camerounais, Nguma [ŋguma] au lieu de [ɛnguma ].

Dans la mesure où le découpage intermédiaire permet d’opérer une césure à ’importe quel endroit de la chaîne parlée, on utilisera le procédé chaque fois qu’il sera nécessaire d’éloigner les unes des autres des séquences de sons dont la contiguïté entraîne des phénomènes d’assimilation (cf. phonétique combinatoire, dissociation d’éléments hétérogènes, chap.5). Nous verrons également plus loin l’usage que l’on peut faire du découpage intermédiaire pour la correction de l’hypertension consonantique.

(CD 2/5)
Le découpage progressif en syllabation ouverte est un procédé particulièrement efficace pour la correction de la netteté et de la décentralisation des timbres vocaliques.

En effet, un son vocalique est perçu plus net et plus tendu lorsqu’il est placé sous l’accent de groupe et en syllabation ouverte. En outre, dès lors qu’en français l’accent de mot perd son identité au profit de l’accent de groupe, la dernière voyelle du groupe rythmique nouvellement créé par le découpage progressif peut être modifiée à loisir (être, par exemple, allongée exagérément pour une meilleure perception de la durée ou de la nasalité vocalique) sans que la structure rythmique s’en trouve dénaturée au moment de la réintégration de la voyelle litigieuse dans l’énoncé. Dans le cas contraire, on déportera l’accent final vers la fin du groupe rythmique.

Ω Ce sont les étudiants du dessus

Le choix du découpage (régressif, progressif ou intermédiaire) postule que l’on ait acquis la maîtrise du diagnostic des erreurs d’après la méthode verbo-tonale. C’est pourquoi nous éviterons d’approfondir ce procédé pour l’instant, nous réservant de le faire à propos d’autres procédés de correction phonétique comme la prononciation nuancée au niveau des timbres vocaliques ou de la tension des consonnes.

(CD 2/6)
3. Recours à la mélodie et au changement de registre

Nous avons souligné maintes fois le rôle de la mélodie dans la perception et la reproduction des timbres vocaliques. La perception du timbre vocalique, avons-nous dit, varie en fonction de la courbe mélodique : une voyelle placée en fin de courbe mélodique descendante voit se valoriser son caractère sombre ; une voyelle placée en fin de courbe montante voit se clarifier son timbre vocalique.

On voit immédiatement l’intérêt que l’enseignant peut tirer de cette donnée importante.

Reprenons le cas déjà évoqué plus haut d’un sujet qui produit /y/ comme [i]. Tout se passe, au niveau perceptif, comme s’il surestimait les composantes sombres du /y/ au profit de ses composantes claires, puisque /i/ est plus clair que /y/, lui-même plus clair que /u/. Par conséquent, le professeur aura intérêt à placer la voyelle /y/ en fin de courbe mélodique descendante pour valoriser les composantes sombres du /y/, que le sujet a tendance à sous-estimer.
Si la faute consiste en une prononciation trop sombre de /y/, on agira à l’inverse : on placera le son en fin de courbe mélodique ascendante.

Ω C’est la rue
Non, je n’ai pas de ceinture

Le recours au changement de registre renforcera l’incidence de l’intonation sur la perception de l’éclaircissement ou de l’assombrissement vocalique.

(CD 2/7)
4. Cumul des procédés

Une réaudition attentive des logatomes en intonation montante révèle qu’à l’intérieur même de la série, certains entourages consonantiques se révèlent plus propices à la bonne production du /y/. C’est le cas, par exemple, du /y/ combiné avec l’occlusive sonore /d/.

C’est que, si les éléments suprasegmentaux constituent le moule qui conditionne la réalisation des phonèmes, l’entourage consonantique immédiat peut avoir également des répercussions sur la perception et la reproduction des timbres vocaliques. Nous y reviendrons lorsque nous analyserons la phonétique combinatoire comme procédé de correction phonétique par la méthode verbo-tonale (chap.5).

Ceci nous amène à signaler que la position d’un son peut être optimale pour un groupe linguistique et non optimale pour un autre, et que l’enseignant aura intérêt à travailler les structures optimales d’abord avant de passer à la correction des sons en position non optimale. Dans la pratique, les auteurs des cours SGAV conçus dans la perspective verbo-tonale ont soigné de près la progression phonétique et ont veillé à placer les sons difficiles dans une courbe mélodique favorable à leur perception. Dans les premières leçons de Voix et Images de France, par exemple, la mélodie descendante était utilisée dans les propositions commençant par un pronom interrogatif, car ce type d’interrogation favorise la prononciation des voyelles claires comme /i/.

Évidemment, les cours sont généralement destinés à un public varié et ce qui est optimal pour un Croate, par exemple, ne l’est pas nécessairement pour un anglophone, étant donné la nature différente des systèmes phonologiques de référence.

Ainsi, dans le cas que nous venons d’évoquer, si la mélodie descendante est optimale pour la réalisation du /y/ par un Polonais, elle ne l’est pas pour l’anglophone, qui aura tendance à produire /y/ comme une diphtongue [ju :] parce que la mélodie descendante contribue à relâcher le son et à en souligner les composantes sombres. Dans ce cas, c’est la courbe montante qu’il conviendra de présenter d’abord à la reproduction du sujet, étant bien entendu que la correction phonétique n’a véritablement abouti que lorsque le sujet peut produire en position non optimale ce qu’il a d’abord parfaitement produit en position optimale.

Signalons enfin qu’une position mélodique optimale n’offre pas nécessairement la garantie absolue d’une bonne audition ni, par conséquent, d’une bonne reproduction des phonèmes vocaliques. Pour optimaliser au maximum un schéma mélodique, il s’avère parfois nécessaire, comme nous l’avons déjà vu, d’accentuer les composantes sombres ou claires d’un timbre vocalique en recourant, par exemple, aux sons voisins. Si la création des meilleures conditions d’audition et de perception des timbres vocaliques s’avère insuffisante, il conviendra alors de renforcer les composantes sombres ou claires en nuançant le message soit au niveau suprasegmental par la distorsion de la mélodie et changement de registre, soit au niveau du timbre vocalique par la prononciation nuancée.

(CD 2/8)
Ainsi, dans l’exemple qui va suivre, nous avons eu recours au changement de registre pour faire percevoir à une Irlandaise le caractère sombre du /u/, qu’elle produisait comme [y]. Faute de pouvoir obtenir l’assombrissement par filtrage du /u/, qui se signale déjà comme la voyelle la plus sombre du système vocalique français, nous avons fait subir à l’énoncé une distorsion intonative vers les fréquences graves.

Ω Asseyez-vous

Cette distorsion de la mélodie vers les fréquences graves peut également s’accompagner d’un assombrissement du timbre vocalique.

Ω Vous allez à pied ou en voiture ?

Écoutez enfin ces trois productions du /y/ dans un même énoncé, successivement en position non optimale, en position optimale et enfin dans une position optimalisée par une distorsion mélodique et nuancement du timbre du /y/ vers /u/ :

Ω Je l’ai vu ?
Est-ce que tu l’as vu
Je l’ai vu.

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